SOFIA À TRAVERS LES SIÈCLES

SOFIA À TRAVERS LES SIÈCLES

    Sofia, l’actuelle capitale de la Bulgarie a déjà un long passé derrière elle. La ville qui existe  depuis plusieurs millénaires  a connu  à maintes reprises des heures de gloire et d’oubli. Sans doute, son emplacement de centre dans les Balkans justifiait-il le rôle qu’elle joua, aussi bien sous les Thraces et les Romains que plus tard sous Byzance, les Bulgares,   les Turcs. Riches et d’une altitude raisonnable, les terres qui l’environnent ont toujours assuré une subsistance suffisante aux populations qui les habitaient. On peut dire que par son âge Sofia est plus ancienne que bien d’autres villes célèbres d’Europe,  Rome ou Athènes, par exemple. Même si elle ne possède pas des monuments aussi prestigieux que ceux des grandes citées  historiques.
    Bénéficiant d’un climat tempéré, depuis le neolithique     de nombreuses colonies prospéraient ici protégées par la montagne et pourvues de riches réserves naturelles. Des travaux entrepris en vue de constructions ont permis de découvrir d’anciennes demeures ainsi que d’importantes résidences des temps lointains. Bien entendu, ici aussi on pratiquait à l’époque la céramique, l’un des plus anciens métiers connu. L’homme se livrait également à l’agriculture, à la chasse et à l’élevage, comme partout dans le monde.
    D’après certains auteurs bulgares, les fouilles  prouveraient qu’à Sofia vivaient les plus anciennes populations du temps du néolithique connues en Europe. On y a découvert même, ces dernières années, une demeure aux dimensions inhabituelles : un rectangle de 12,40 m. sur  9,48. Et aussi un four, lui aussi considérable par sa taille.
    Naturellement, plus on avance dans le temps, et plus les vestiges du passé sont nombreux. L’époque du bronze et du fer nous rappelle  que la région était peuplée de Thraces, ces populations qui avaient  atteint un certain degré de culture et de développent économique. Les archéologues bulgares ont eu beaucoup de chance ces dernières années en découvrant plusieurs vestiges qui réaffirment la thèse de la présence active des Thraces : coupes de terre cuite, coupes d’or, colliers, casques de soldat, etc.  Tous ces objets ainsi que les restes de fortifications prouvent, une fois de plus,  le niveau d’évolution et d’organisation militaire des Thraces.
    La source d’eau chaude et froide minérale située en plein centre de Sofia est connue depuis des millénaires, elle est appréciée par les habitants de la ville. On sait qu’au temps des Thraces la ville  portait le nom de Serdonpolis devenue plus tard Serdica. À cause du nom des Serdes, bien entendu, l’une des nombreuses tribus qui peuplaient les Balkans. Excellents bâtisseurs, les Thraces ont été  remplacés plus tard par les Romains, non  moins excellents créateurs qui on préféré faire disparaître les traces de leurs prédécesseurs afin de  ne laisser que leurs propres ouvrages.
    Avec la présence des Romains la ville prend l’allure  d’une importante forteresse militaire entourée de murs extérieurs flanqués de tours d’observation et de défense. De cette époque datent certains inscriptions sur pierre en langue grecque retrouvées de nos jours ; elles sont plus précisément du II siècle, car on y parle du règne de l’empereur Marc Aurèle, ce « vainqueur des Allemands, des Sarmates, père de la patrie ». D’autres fortifications ont surgi des fouilles en  d’autres villes aujourd’hui bulgares, provinces romaines à l’époque.
    Les murs de la forteresse, en briques posées sur des blocs de pierres en formes rectangulaires, étaient d’une épaisseur de plus de deux mètres. Leur hauteur dépassait huit mètres alors que leurs fondations atteignaient plus de deux mètres. Les portes, toujours en pierres, se détachaient de l’ensemble de la forteresse peinte en blanc et rouge. Tous les cinquante ou soixante mètres s’élevait une tour d’observation qui dépassait de trois mètres le mur de fortification.
    Ce qui frappe aujourd’hui, c’est la largeurs des rues d’antan : 9 mètres pour les principales, 5 à 8 mètres pour les autres. Les pavés représentaient des blocs de pierres dont la largeur dépassait 1,20 m. Sous les pavés passaient des canalisations, chose qui rendait obligatoire leur nettoyage – d’où de nombreuses ouvertures dans les rues. Le forum, pièce principale de la ville romaine, se trouvait à l’emplacement actuel de la place Sveta Nedelia. La ville de Serdica (Sofia) était le centre d’une région militaire et administrative dont les points extrêmes confinaient au Nord au Balkan, à la ville de Pirot à l’Ouest, avant de se fondre dans la province de Thrace à l’Est.
    Devenue avec le temps un important point pour la sécurité de l’Empire romain, Serdica avait vu sa population augmenter des soldats romains démobilisés qui recevaient des terres à cultiver autour de la ville.  Le forum aussi s’enrichissait de nouveaux bâtiments rendus indispensables par la prolifération de l’administration romaine. Au moment de la construction de l’église Sveti Kral on est tombé sur  les puissantes fondations d’un prétoire. Dans ces murs même, furent découverts les « couloirs » d’un système de chauffage – sortes de canaux sous voûte  permettant de loger des tuyaux en terre cuite destinés à chauffer le bâtiment. Construites par les Romains, ces  canalisations  ont duré jusqu’au début du XX-ème  siècle. Un peu plus tard fut identifié un atelier où l’on battait monnaie.
    La population de cette grande ville était fort diverse : soldats romains démobilisés à la retraite qui cultivaient leurs terres,  artisans orientaux, toutes les nationalités s’y côtoyaient : Romains, Thraces, Grecs, Juifs, Arméniens,  Slaves, Bulgares ou Turcs plus tard. Tous les dieux étaient honorés et avaient leurs statues et monuments consacrés. Leurs images étaient également gravées sur les pièces de monnaie  qui servaient au cours des transactions commerciales. Quant aux familles riches, elles  possédaient de belles villas dans les environs de la ville.
    On y extrayait aussi de l’or, pas beaucoup, certes, qui servait surtout à la confection de pièces de monnaie ou  de parures, de statues. Il est évident que le sous-sol de Sofia ne nous a pas encore rendu tous les vestiges qu’il cache, témoins de son  long et riche passé.

PLOVDIV - LA PERLE DE LA THRACE

PLOVDIV - LA PERLE DE LA THRACE

Par Magdalena KARATANEVA

"La plus grande et la plus jolie de toutes les villes dont la beauté brille de  loin".
LUCIEN,  IIe s.

    Par son importance, Plovdiv est la deuxième ville de  la Bulgarie. Elle est située sur ses six buttes (mamelons de syénite)  dans une région pittoresque de la partie Nord de la vallée de Thrace, sur le cours de la rivière Maritza.
    Ville originale  au caractère inimitable, tel un aimant elle a toujours attiré les Bulgares, bien sûr, mais aussi les étrangers curieux. L'amour-propre de ses habitants est parfaitement justifié: c'est ici qu'on ressent le plus l'union entre beauté, légendes et progrès économique. Pas un  coin de la "Ville aux buttes" sur lequel on ne puisse raconter un fait ou un geste. Une brève promenade à travers la ville nous enrichit de mille informations, sentiments ou émotions, et nous transporte aux époques les plus lointaines. Si vous voulez prendre contact avec l'antiquité, le Moyen Âge, la Renaissance ou les temps  modernes, faites un tour par Plovdiv!
    Ses premiers habitants connus  s'installèrent au cours du néolithique moyen, vers 6000 av. J. C. C'étaient les Thraces. La ville s'appelait alors Evmolpias. Un peu plus tard, à la fin de l'âge de la pierre polie  et du cuivre, à cause des guerres incessantes la vie dans la ville devint incertaine. Auteurs d'une culture originale ses habitants, éleveurs et agriculteurs, sont obligés de rechercher un endroit plus sûr et inaccessible pour y habiter. Ainsi ils créent la première agglomération sur la butte connue aujourd'hui comme "Nébet-Tépé". Les conditions très favorables de la vallée de Thrace, plate et fertile, l'amour du travail et la persévérance de ses habitants font de cette ville bâtie sur et autour des buttes,  l'une des plus anciennes de la planète.
    Ce sont les Thraces encore qui élèvent les premiers murs de fortifications. En 342 av. J. C., Philippe de Macédoine,  fils d'Olympias, soumet la ville en lui donnant son nom:  Philippopolis. Quelques dizaines d'années plus tard, les Thraces réussissent à se libérer de la domination des Macédoniens. La ville s'appelle alors Pulpudeva.
    Les Celtes aussi sont attirés par les richesses de cette ville qu'ils pillent avant de la saccager. Au cours du Ie s. de notre ère, après avoir mis la main sur elle,  les Romains la transforment en un centre administratif (métropole) de la province Thrace  en y bâtissant de grands édifices d'une riche architecture. Elle porte maintenant les noms des empereurs romains pour devenir: Julien, Ulpia et Flavius Trimontium.
    En 251, les Goths  attaquent la cité fortifiée qu'ils réussissent à conquérir, en dépit de la résistance désespérée de ses habitants, et  mettent le feu à ses  édifices les plus flamboyants.  Aujourd'hui, les restes des fortifications de Nébet-Tépé, la porte Sud et "la Tour ronde" près de la Porte du Hissar, comme bien d'autres vestiges sont les preuves tangibles de ce riche passé. Ils  méritent d'être visités.
    Au VIe s., Justinien le Grand transforme ce centre florissant sur le plan économique et administratif en une forteresse de Byzance.  Or au début du IXe s.,  la solide  citadelle se révèle impuissante devant le génie militaire et la politique clairvoyante du roi bulgare Kroum. Après de lourds combats  entre les deux pays, la ville de Plovdiv est intégrée à l'État bulgare qui a été fondé en 681. Durant les six siècles qui suivront, à plusieurs reprises elle changera de nationalité en devenant tantôt bulgare, tantôt grecque. Enfin, en 1364, elle passe définitivement sous la domination de l'Empire ottoman. De nouveau, Plovdiv est détruit et vidé de ses habitants. Pas pour longtemps: sur les versants escarpés de Djambas, de Taksim et de Nébet, sur ses ruines sont construits de nouveaux quartiers qui font aujourd'hui partie du précieux  panorama de la cité.
    Au cours de la Renaissance bulgare, à la fin du XVIII-ème,  mais surtout au XIX-ème s. la ville reçoit un nouvel essor économique.  Les grandes familles  commerçantes les plus en vue: les Guéorguiadis, les Kouiomdjioglou et les Nedkovitch déploient des activités  considérables pour l'époque en se mettant en rapport avec les milieux d'affaires des grandes villes européennes: Vienne, Istanbul, Odessa, Manchester. Ces contacts  avec un monde  plus évolué les incitent à se faire  construire  de belles demeures luxueuses. Ainsi rien qu'en quelques dizaines d'années, grâce au savoir des maîtres bâtisseurs bulgares,  le Trimontium prendra la forme d'un conte, un mélange de l'esprit de l'Europe moderne  et des saines traditions bulgares.
    Les bâtisses à encorbellement, les murs lourds de clôture et les portails solennels, les riches façades couvertes de fresques, les habiles sculptures sur bois sont la preuve évidente d'une  très haute civilisation. C'est ici, justement, qu'on trouve les curiosités d'une valeur inestimable: les maisons-musées d'Arguire Kouioumdjioglou, bâtie en 1847 et transformée en Musée ethnographique en 1950, la maison dite de Lamartine, construite en 1830, les églises: Saint Constantin et Eléna, qui date de 1832 et qui est élevée sur les ruines d'une église plus ancienne, la cathédrale de la Vierge, la cathédrale de la Sainte Maritza. Du temps des Turcs nous restent la mosquée Imaret et la mosquée Djoumaïa.  En suivant les petites rues sinueuses aux gros pavés, nous tombons sur la salle d'exposition portant le nom du peintre bulgare Zlati Bojadjiev ainsi que sur les petites boutiques et les cafés dont les propriétaires ont jalousement gardé l'atmosphère héritée de la Renaissance. Faisant sa promenade dans le vieux Plovdiv, sans s'en apercevoir le visiteur oublie  les soucis quotidiens et  la vie trépidante d'aujourd'hui pour plonger avec nostalgie dans l'époque romantique de nos ancêtres.
    Bien entendu, la partie ancienne  ne représente pas toute la ville, même si elle assure dans une large mesure  sa célébrité. Il faut noter la belle rue principale où avec une parfaite harmonie voisinent les restes de l'époque thrace et romaine avec les vitrines brillantes des magasins modernes. N'oublions pas  la tour de l'horloge, parmi les plus ancienne d'Europe, comme le Musée d'histoire naturelle qui cache dans ses salles de riches objets d'exposition. Et aussi, le monument de la Réunification qui, fier,  rappelle aux habitants de la ville leur esprit d'indépendance, leur amour de la liberté et leur fermeté manifestés en 1885, au moment de la réunion de la Roumélie orientale à la Principauté Bulgare.
    Toutes les époques ont laissé leurs traces indélébiles au pied comme sur les buttes de la ville antique.  Durant le régime totalitaire ont été bâtis les grands quartiers neufs,  le Monument dédié aux  libérateurs russes  sur la butte du Bounardjik, le musée du mouvement révolutionnaire, qui, même contestés aujourd'hui existent  pour marquer l'histoire et le passé de la  ville. Pareille à toutes les époques, la nôtre aussi prend congé de nous, une autre  débute. Sous le rythme des jours  à l'apparence calme Plovdiv est en train de jeter les bases d'une page nouvelle. Les grandes constructions et les lieux d'amusement et de distraction, ce qui nous paraît à nous autres contemporains comme de l'actualité, sera le lot des générations futures. Plovdiv deviendra plus riche, plus attrayant et plus beau.
    Si un jour l'occasion se présente,  n'hésitez pas de faire un tour par Plovdiv. Vous ne le regretteriez point. Peut-être que de cette ville jusqu'à présent vous ne connaissiez que sa fameuse foire. Or sachez que cette dernière  est loin d'être  sa seule curiosité. Le mois européen de la culture que Plovdiv organise cette année pourrait être  un prétexte opportun pour vous de joindre l'utile à l'agréable. Ici  l'amour de la musique, de la peinture et du théâtre fait ressortir davantage  l'hospitalité des habitants de la ville.
(Traduction: A. B.)