Histoire

UNE HISTOIRE DE LA BULGARIE EN FRANÇAIS
Ralitsa Mihailova Frison-Roche

    A l'instar des Français qui évoquent avec émotion "leurs ancêtres les Gaulois", thème de leurs premières leçons d'histoire, les Bulgares restent eux aussi attachés au souvenir de leurs ancêtres les Slaves et les Proto bulgares. A cette différence près cependant, que leur attitude à l'égard du passé a toujours été passionnelle. Autrement dit, ils aiment leur pays "non parce qu'il est grand et glorieux, mais parce qu'il est petit et a sans cesse été en péril", pour reprendre la belle réflexion de Milan Kundera1(1).
    Ils portent tous dans leur cœur l'étincelle allumée par Paissi, moine au monastère de Hilendari et auteur de la première histoire des Bulgares, qui éveilla leur conscience nationale et en fit un élément constitutif et essentiel de leur identité tant collective qu'individuelle. Un élément qui les unit à travers le temps et l'espace, et d'autant plus à l'heure actuelle où un si grand nombre d'entre eux s'expatrie. C'est une fois à l'étranger qu'ils découvrent à quel point leur culture et leur histoire restent méconnues dans les autres pays. La France n'y fait d'ailleurs pas exception. Il est vrai qu'au temps de la guerre froide, la Bulgarie ne bénéficiait pas d'une image flatteuse en Occident et que les difficultés qu'elle connaît depuis l'effondrement du communisme, comme les effets désastreux des conflits en ex-Yougoslavie sur l'image de toute la région, ne sont pas vraiment à son avantage.  
    La situation est cependant en train d'évoluer grâce aux publications, déjà plus nombreuses, d'auteurs bulgares en français auxquelles s'ajoute aujourd'hui un nouveau livre. Une histoire de la Bulgarie vient de paraître cette année en France(2). Elle tombe à point nommé pour combler le manque évident d'un ouvrage en français dans ce domaine.
    Son auteur, Dimitrina Aslanian, une biophysicienne passionnée d'histoire, a relevé un véritable défi qui lui a demandé sept années de travail. Sept années de recherches, de rencontres et de visites de sites historiques. Et un formidable effort de rédaction car, même si elle a une excellente maîtrise du français, le bulgare reste néanmoins sa langue maternelle.
    Au cours de ses investigations, l’auteur a dû en outre faire face à une difficulté de taille. L'histoire bulgare, qui a toujours été sujette aux passions, avait subi de plein fouet l'emprise idéologique du régime communiste. Ce qui avait provoqué d'ailleurs, dès l'effondrement de ce dernier, un extraordinaire regain d'intérêt pour "la vérité" historique et a initié, dans la foulée, un débat sur l'urgence d'une réécriture de l'histoire. Depuis, un long chemin a été parcouru et de nombreux ouvrages sont venus apporter de nouveaux éclairages aux événements du passé. L'historiographie reste cependant un domaine toujours sensible et passionnel, et c'est en faisant appel à toute sa rigueur de scientifique que Dimitrina Aslanian a dû aborder les événements afin d'élaborer un récit aussi objectif que possible.   
    Son ouvrage présente l'histoire bulgare de l'antiquité à nos jours. Clair, précis et abondamment illustré, il est d'autant plus agréable à lire que l'auteur l'a agrémenté de détails sur la vie des personnages historiques et sur le déroulement des événements.
   A l'heure où la Bulgarie s'apprête à rejoindre l'Union Européenne, Dimitrina Aslanian offre aux lecteurs francophones la possibilité de découvrir ce pays autrement qu'à travers l'image partielle, et souvent partiale, qu'en esquissent les médias occidentaux. Elle leur donne la possibilité de revivre, à travers les siècles, les moments forts qui ont forgé l'identité bulgare, les combats que les Bulgares ont livrés pour préserver leur existence et se reconstruire après chaque période de tourments.
    En replaçant la Bulgarie dans son contexte régional, mais également européen, l'ouvrage souligne les liens qui la rattachent à l'espace européen, et tout particulièrement à la culture française.
    L'histoire de Dimitrina Aslanian est un apport incontestable à la meilleure connaissance en France, et dans le monde francophone, de l'histoire et de la culture bulgares.
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1 Milan Kundera : "L'ignorance", Editions Gallimard, Paris, 2003,  page 132.
2 "Histoire de la Bulgarie de l'Antiquité à nos jours", Dimitrina Aslanian, 2003, diffusée par les Editions Trimontium, 11, allée des Gardes Royales, 78 000 Versailles,  trimontium@wanadoo.fr, et en librairie à partir du mois de novembre 2003, ISBN 2-9519946-0-5, EAN 9 782951994607.